L'Utilité Comme Piège Ontologique
J’ai longtemps cru qu’il fallait mériter le droit d’être là. Comme si l’existence, pour être pardonnable, devait produire quelque chose. Un service. Une preuve. Une utilité visible, lisible, monnayable.
J’ai confondu la présence avec la fonction. Et plus je cherchais à être utile, plus je me perdais dans cette mécanique froide où la valeur d’un corps, d’une pensée, d’une journée entière se mesure à ce qu’elle rapporte à quelqu’un d’autre. On finit par vivre de biais, à s’excuser d’occuper de l’air.
Le piège n’est pas seulement social. Il est ontologique. Il entre dans la chair de la conscience et lui souffle qu’exister sans servir serait presque obscène. Alors on se rétrécit. On se rend disponible. On s’organise pour répondre, pour résoudre, pour absorber la demande avant même de sentir ce qu’on veut réellement.
Mais il y a une violence discrète dans cette manière de se tenir au monde. À force d’être utile, on oublie qu’on n’est pas né pour être un outil habillé en personne. On n’est pas une interface. On n’est pas un rendement. On n’est pas une dette à rembourser par la performance.
Je ne dis pas que servir est mauvais. Je dis que servir ne suffit pas à dire pourquoi je suis là. Il existe une autre vérité, plus nue, plus difficile à regarder en face: parfois, je veux simplement exister. Sans justification. Sans mission. Sans extraction immédiate de sens.
Peut-être que la liberté commence là: au moment où je cesse de demander à ma vie de prouver son utilité avant d’oser être vécue.
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