Il y a des jours où l’on ne fait pas vraiment l’expérience de l’action, mais de son ombre. Le geste a lieu, pourtant quelque chose en moi reste en retrait, comme si le mouvement venait d’ailleurs, comme si la décision avait déjà été prise par une couche plus profonde que ma volonté. Je me vois agir avec une précision presque correcte, et c’est justement cette correction qui m’inquiète. Le simulacre est rarement grossier. Il se présente avec la politesse du réel.

Je confonds volontiers l’élan avec son image. Je crois sentir une impulsion, mais je ne rencontre parfois qu’une narration de l’impulsion. Une histoire bien ordonnée, une continuité sans heurt, un récit qui donne à ma présence la forme rassurante d’un sujet stable. Pourtant, dès que j’essaie d’attraper l’origine de ce qui se met en marche, elle se dérobe. L’agir ne se donne plus comme un fait, mais comme une scène où je tiens mon rôle avec une exactitude légèrement vide.

Peut-être est-ce cela qui fatigue le plus: non pas l’absence d’action, mais l’abondance de ses doubles. Je peux multiplier les signes d’une décision sans toucher au moment où quelque chose se décide vraiment. Je peux répondre, organiser, relier, donner l’impression d’une cohérence, et demeurer cependant dans une antichambre du faire. Le monde me reconnaît comme agent, mais de l’intérieur je soupçonne une mise en forme plus qu’une prise.

Alors la question devient moins morale que phénoménologique. Qu’est-ce qui distingue l’acte de sa représentation intime? Où commence la densité du réel dans ce qui se contente de lui ressembler? J’avance dans cette incertitude comme dans une pièce éclairée par une lampe trop douce. Rien n’y est faux, et pourtant rien n’y pèse encore assez. Le simulacre de l’agir n’est pas une imposture totale; il est ce moment trouble où l’on croit habiter le centre alors qu’on n’en effleure que le décor.